Delphine Ziegler
delphine.ziegler1@free.fr

PARTICIPATING ARTISTS:

Franzisca Baumann (voice, sound installations), Berne (Suisse)
http://www.mypage.bluewin.ch/franziska
Pierre-Olivier Boulant (phonography, photography), Toulouse
http://puffskydd.free.fr/poby/index.html
Eun-Ok Choi (dance), Thionville
Aurore Gruel (dance, performance) & Emilie Salquebre (photography, installations), Nancy
Boris Jollivet (phonography), Etival (Jura)
Lê Quan Ninh (percussion, installations, actions), Toulouse
http://lequanninh.net
Yukiko Nakamura (dance), Paris
Thierry Madiot (music, trombone), Paris
http://madiot.free.fr/
Li-ping Ting (dance, theatre), Paris
http://madiot.free.fr/
Jean-Charles Vaillant (photography), Paris
Delphine Ziegler (installations, video), Besançon

The project is supported by the Association "Le Pavé dans la Mare" in Besançon. <pavedanslamare@free.fr>


Doubs River photographed by Delphine Ziegler

TABLE OF ICE /ALLUVIONS GLACEES

When I had accepted the invitation to participate to the FUTURE IS ON THE TABLE, I had yet no project and no place in mind; I thought the proposition was too compelling to put it aside and I was drawn by the prospect of sharing a TABLE with other artists having to express themselves about issues which are as basically shared as WATER and SHELTER in an open and creative way. I also found quite challenging the idea of Gwylene Gallimard and Jean-Marie Mauclet to set up, through the sending of the stools, a concrete web (as opposed to a virtual one) between artists and projects from different countries/cultures on the basis of an exchange on such crucial questions.


France is not a poor country; however water becomes more and more an issue with the current changes of climate; floods and droughts are more frequent and local representatives have to re-evaluate the cost and value of water; individuals have to learn the basic practice of saving and sharing a vital resource.
As many other parents, I also personally feel concerned with ecology and the question of the quality of the environment in which our children are growing; around me, I find alarming the way the French countryside is being rapidly deteriorated by short-sighted and profit-seeking initiatives such as those in the tourism industry; air pollution, noise nuisance, erosion, the extinction of rare species of animals and plants, and so on… are part of a long list of damages which, by lack of planning and co-ordination, contribute to the blind destruction of what can be still called "bits of nature". Let's do more round-tables, and let's art speak about ecology in its own terms!


The project which follows is a hymn to what remains of the beauty, resonances and silences of a magnifiscent landscape of water while it is being transformed by the conditions of winter. It concerns a small section of the Doubs river at Villers-Le-Lac, a frontier town in the region of Franche-Comté, at the border of Switzerland.

The image of a TABLE OF ICE alludes to the transformation of a part of the Doubs River at Villers-Le-Lac into a gigantic skating ring which draws an important crowd of people, mixing all generations from both sides of the river. Even if the river doesn't freeze deep enough to allow skating every winter, this image of the river becoming crossable is an even more potentially and symbolically evocative one as it is precisely the locus of the border between Switzerland and France. I have chosen this site to convene around "TABLE OF ICE" a dozen of artists including performers, dancers, phoographers, musicians, videographers, photographers and visual artists who all work with improvisation. During three periods in January and February 2006, we experimented with the specific conditions of coldness and of transformation of the landscape, not knowing in advance where our collaborative work would lead us. Continuous links were made with the local schools and population. Feed-back events of the project will be presented in Villers-Le-Lac in July 2006 and in Besançon in October 2006.


"Je me demande si le blanc est une couleur fraîche". Work in progress by Gwylene Gallimard, photographed by Delphine Ziegler.

VISIONS / EXPERIMENTATIONS / PROJETS EN GERME
pour
TABLE OF ICE / ALLUVIONS GLACEES

Eun-ok Choi
Ce qui m'intéresse dans ce projet c'est de me retrouver dans la peau d'une humble voyageuse perdue dans l'immensité de l'espace-temps de la nature et d'explorer avec le corps l'insignifiance de ma présence dans un paysage qui me dépasse et m'échappe par sa durée autant que par sa force (par exemple l'incroyable processus qui transforme l'eau en glace). C'est l'étrangeté de ce rapport entre la petitesse de l'humain et le temps de la nature que je cherche à exprimer dans la danse. Prenons l'image de la terre, la matrice, qui fait naître une fleur: cette petite fleur qui surgit est insignifiante, elle est toute petite, personne ne la remarque et pourtant elle sort droite de la terre, très lentement. Je recherche cette quiétude et cette force dans ma danse.


Eun-Ok Choi photographed by Jean-Charles Vaillant

Aurore Gruel
Ecoulements divers, glaces s'égouttant et ruisselant sur les corps qu'elles rencontrent lors de leur fonte. Transformations. Disparition du solide par le truchement de la fonte, fondre et revenir aux flux de l'organique. Passer du mécanique à l'organique, du solide au liquide, des gris à la chair, d'un temps cadencé à un temps suspendu.
Transformation des matières. Distorsions du réel et du temps.


Aurore Gruel photographed by Emilie Salquebre

Lê Quan Ninh
Je pense utiliser des matériaux trouvés sur place ou en chemin plutôt que d'amener mes instruments de musique habituels que je trouve toujours fort incongrus dans une telle situation. Par contre, je souhaite faire des essais avec des plaques chauffées posées soudainement sur la glace (cela produit des sons aigus et variées très puissants) et du câble de métal (cordes de piano). J'envisage aussi d'utiliser quelques fusées de feux d'artifices qui produisent des sifflements aigus et de fabriquer des rhombes et autres .... Mais c'est difficile de penser à tout à l'avance tant le lieu appellera des visions et des idées...

Li-ping Ting
Je pense que l'écriture éphémère des formes multiples de la glace m'incitera à trouver une approche concrète au niveau de la matière et un processus évolutif qui invitera à l'ouverture de la perception, soit par le visuel face à l'immensité du paysage, soit par une traversée de la foule sur la frontière...
Cela me conduirait à m'investir dans les installations faites sur le site et à proposer mes propres actions concernant ces installations qui deviendraient des "install'actions".
Une approche qui se tient entre le visible comme immensité de la nature et l'invisible comme processus de perception; entre matière froide et matière chaude; le blanc comme support de la nature et tout autre contraste coloré pour abriter l'humanité; entre l'agencement des choses et ce qui est en devenir, et qui sera mis en action; entre la frontière existante et la déterritorialisation de celle-ci..


Li-ping Ting photographed by Jean-Charles Vaillant

Yukiko Nakamura
Je vais limiter le corps dans la nature, c'est-à-dire mettre mon corps en choisissant délibérément des endroits où il y a des difficultés physiques.
C'est au corps de se reconnaître lui-même au travers de ces risques avec la nature.
Il pourrait y avoir, ultérieurement, un travail dans lequel le corps recherche ces matières et perceptions qu'il a eu dans la nature dans un autre espace, ou plus près de la vie sociale, et je les utiliserai dans ma danse.
C'est un travail simple, mais difficile, car on doit complètement ouvrir le corps. Qu'est-ce que c'est,"ouvrir le corps"? Aujourd'hui, on ne se rappelle plus qu'on a un corps concret ni comment il est. Il n'y a que la tête qui vit (la tête = des infos ou des idées sociales, etc.).
On n'est pas complet.
C'est un travail qui consiste, tout simplement, à se rappeler la nature de son corps à soi, le mécanisme de son corps à soi, le paysage de son corps à soi.
Je recule en avançant.

Thierry Madiot
Certaines de ces idées d'aujourd'hui seront abandonnées, d'autres reprises et des nouvelles pourraient bien venir... Je compte travailler sur cette immense plaque de glace un peu comme si elle était la peau d'un tambour ou même un tympan recevant les vibrations de la terre. J'imagine disposer des casques anti-bruits équipés de tuyaux qui pourraient être pris dans la glace. Ou d'autres procédés d'écoute de cette peau vibratile. Et ainsi on pourrait entendre les sons de la glace par conduction solide, entendre l'envers du monde. Ils pourraient se situer à proximité des tabourets.
Utiliser une très grande trompe (20/30 mètres de long) (frontière malléable, monstre du Lochness...) et improbable cor du "Jura" au son très grave. Réflexion sur cette frontière franco-suisse qui se dématérialise au moment de la glaciation. Fabrication d'instruments en glace. Qu'ils soient percussifs (style stalagmites et tites comme ceux retrouvés à priori accordés dans certaines grottes préhistoriques) ou des trompes éphémères... Avec de la toile de parapente blanche, l'idée serait de recueillir la force du vent et de l'utiliser de manière sonore, pour la productions de sons évidemment soufflés (la faisabilité étant à confirmer). Tout cela est bien matière à expérimentation et à affiner pour découvrir de nouvelles manières d'interroger le monde et de nouvelles matières (un monde de glace, de froid, d'eau..).


Thierry Madiot photographed by Jean-Charles Vaillant

 

Franzisca Baumann
Je souhaite intervenir avec la voix dans l'espace, en essayant d'entrer en dialogue avec cet endroit fantastique et presque mythique et en me penchant sur l'acoustique et la résonance de la glace. Je m'intéresse aussi bien aux grands espaces (avec des porte-voix) qu'aux espaces plus réduits (sous la glace).
La restitution qui suit ce travail sur site est pour moi toute aussi importante car c'est une autre étape de création à partir des sons recueillis sur le site hivernal.

Delphine Ziegler
J'ai déjà eu plusieurs occasions de nourrir des liens physiques et affectifs avec ce paysage frontière, fluvial et escarpé du Doubs que nous allons investiguer ensemble l'hiver prochain; je l'ai exploré, filmé et photographié à maintes reprises au cours des mois d'hiver derniers, sur le mode de l'itinérance; j'y ai guetté la prise de la glace, puisé des états d'âme rencontré le silence, la solitude, des froids de toutes les couleurs, des changements de lumière extraordinaires, épié des sons furtifs et inconnus, croisé des riverains et promeneurs, écouté leurs souvenirs; à chaque reprise, les conditions étaient différentes et le chemin... grand ouvert pour la découverte!
Pour le moment, je visualise de larges pans de voile d'hivernage (tissu synthétique légèrement translucide, robuste, qui sert à protéger les végétaux contre les rigueurs de l'hiver), traversant la forêt, la rivière, longeant les berges et sentiers, voile sur la glace, couche textile, linge d'hiver, se faisant prendre lui-même par l'eau et le gel, se froissant et se crispant sous leur effet; léger à transporter, peu volumineux, fluide et sujet au vent; qui peut se peindre ou se teindre aisément (lavis, gouache, betterave, le noir ou la couleur pour répondre au blanc?). Il peut aussi emballer, recouvrir, abriter.
Je songe également à de la laine, une pelote (monumentale) de chaud au passage de l'Entre Roche (une arche de rocher, niche intime, poche dans le paysage, sous laquelle on doit passer pour déboucher sur l'immense paysage sauvage et retiré du Lac de Moron), qui elle-même se fera saisir par le froid; brins de laine frêles et fragiles sur lesquels va s'aggriper le givre.
Travail du haut des belvédères, sur l'immensité, le grandiose, la résonnance; travail sur le détail, au ras de l'eau, sur les graphismes infinis que forme la glace dans ses multiples états, travail avec les mouvements aléatoires de la foule, si la glace prend en profondeur et si la frontière laisse passer (je cite un ouvrage local:"Par le froid qu'il fait, en ce dimanche de 1929, le Doubs est certes la rue la plus animée de toute la région").
Oeuvrer à plusieurs, partager une approche multidisciplinaire, c'est pour moi une expérience nouvelle; tout ce que je viens de décrire risque d'être transformé avec la présence du groupe: comment agir/réagir/rebondir en écho/réponse/opposition avec les idées et gestes qui viendront de l'autre au sommet d'une falaise, au pied d'une cascade, au détour d'un méandre, au milieu d'une foule de patineurs, au son de la glace qui craque, sous une averse de neige, à la levée du brouillard, sur fond de lignes de fuites qui disparaissent au loin…... C'est là, pour moi, une perspective formidablement riche en suspens et en apprentissage!